Comment créer une petite entreprise artistique en Suisse
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Créer une petite entreprise artistique en Suisse : défis, choix et opportunités
Créer une petite entreprise créative en Suisse est à la fois excitant et complexe. Il y a une grande liberté à pouvoir commencer petit et expérimenter, mais aussi pas mal de réalités structurelles à comprendre assez tôt. Cet article est surtout centré sur les petites boutiques qui vendent de l’art, de l’illustration ou des objets faits main.
Il n’y a pas une seule bonne manière de faire, seulement celle qui correspond à ta situation.
Créer une entreprise : officiel ou non ?
Une des premières questions est de savoir s’il faut enregistrer son activité officiellement.
En Suisse, si ton chiffre d’affaires annuel reste en dessous de 100 000 CHF, tu n’es généralement pas obligé de t’inscrire à la TVA. Cela permet de lancer une activité sans créer immédiatement une structure formelle, ce qui donne beaucoup de flexibilité au début.
Cependant, c’est un peu plus nuancé. Certaines plateformes, moyens de paiement ou outils de publicité peuvent demander un enregistrement ou un statut légal clair. Et selon ta situation personnelle (par exemple si tu touches le chômage), même un petit revenu peut avoir des conséquences.
Je ne vais pas entrer dans tous les détails administratifs, surtout parce que je suis encore en train de les comprendre moi-même et qu’il existe de meilleures ressources ailleurs. Mais un conseil : ne laisse pas l’administratif te bloquer complètement. Tu peux commencer petit, apprendre en chemin et ajuster ta structure au fur et à mesure.
Le dilemme de la langue en Suisse
La question de la langue est très particulière en Suisse, et peut vite devenir un vrai casse-tête.
Il n’y a pas de meilleur choix, mais plutôt différentes stratégies. Choisir une langue nationale comme le français, le suisse allemand ou l’italien permet d’ancrer ta marque localement et d’ouvrir des marchés proches. Se concentrer sur une audience régionale peut aussi créer une identité forte.
À l’inverse, choisir une langue plus internationale comme l’anglais ou l’allemand permet une portée plus large, y compris en Suisse.
Dans mon cas, en tant que francophone vivant à Zurich, j’ai choisi de travailler principalement en anglais et en français. Cela me permet de rester proche de mes racines tout en étant accessible à différentes régions et à l’international. Je vends aussi en Suisse alémanique et je travaille progressivement à intégrer l’allemand dans ma boutique.
Construire une identité locale
Au début, je me suis beaucoup concentrée sur une audience internationale via les réseaux sociaux. C’était le point d’entrée le plus naturel.
Mais avec le temps, à travers les marchés locaux et les événements en présentiel, j’ai réalisé à quel point la dimension locale est importante. Ce n’est pas seulement une stratégie, c’est aussi une partie du travail. Mon environnement, mes références et les personnes que je rencontre influencent directement ce que je crée.
Rencontrer des gens en vrai change aussi tout. Les retours sont immédiats, les liens sont plus concrets, et cela apporte une autre valeur que les interactions en ligne. Aujourd’hui, renforcer l’aspect suisse de ma marque est quelque chose que je veux développer davantage.

Le processus de recherche pour le logo d'Ondine
Faire de l’art en Suisse : coûts et réalités
Créer et vendre de l’art en Suisse implique certaines contraintes spécifiques.
Le coût de la vie est élevé, et cela impacte tout. Les coûts de production sont souvent plus élevés que dans d’autres pays, et fixer ses prix devient plus compliqué. En ligne, tu es en concurrence avec un marché global où les prix sont souvent plus bas, ce qui crée un écart difficile à gérer.
Il existe aussi relativement peu de soutien structuré pour les petites entreprises créatives comparé à certains pays voisins. Les informations existent, mais elles ne sont pas toujours faciles d’accès ou adaptées aux parcours artistiques plus atypiques.
En même temps, il y a de vrais avantages.
Avoir un emploi à temps partiel avec un revenu stable est assez courant, ce qui permet de développer une activité artistique sans pression financière immédiate. Dans certains secteurs, le temps partiel est de plus en plus accepté.
La Suisse offre aussi un environnement où la qualité, l’artisanat et un positionnement plus haut de gamme peuvent faire sens. Et comme le marché est plus petit, il peut y avoir plus d’espace pour se faire remarquer.
Choisir sa plateforme
Si tu veux vendre ton travail en ligne, il y a beaucoup d’options. Probablement trop.
Tu as des marketplaces comme Etsy ou eBay, des boutiques via les réseaux sociaux comme TikTok, des plateformes comme Shopify ou Squarespace, ou encore des plateformes de wholesale comme Faire. Chacune a ses avantages et ses limites, et cela vaut la peine de faire des recherches avant de choisir.
L’important est de ne pas vouloir être partout en même temps. Certaines plateformes ne correspondront tout simplement pas à ton budget, tes produits ou ton audience.
Concernant les réseaux sociaux, tu as probablement déjà une idée de ce qui te correspond. Instagram fonctionne aujourd’hui beaucoup comme un portfolio, mais ce n’est pas indispensable. Pour ceux qui aiment ça, c’est un outil marketing très puissant et gratuit. Tu peux même l’utiliser comme seule plateforme en vendant via messages privés.
Pinterest est souvent sous-estimé, mais peut être une très bonne source de trafic si tu crées de bonnes images.
Différents chemins pour sa croissance
Il n’y a pas un seul chemin. Il est important de savoir qu’il existe plusieurs façons de faire connaître son travail, et que tu devras probablement en tester plusieurs.
Quelques exemples :
Collaborations en ligne : échanges avec d’autres créateurs ou collaborations avec des influenceurs. Il y a énormément de possibilités, à condition d’être patient, persévérant… et prudent.
Marchés locaux : souvent sur un ou deux jours. Tu rencontres des gens qui ne sont pas forcément dans ta niche. C’est très humain et souvent abordable, mais cela dépend beaucoup de la communication de l’événement et de facteurs comme la météo.
Dépôt-vente : des boutiques vendent tes produits contre une commission. C’est un bon moyen de gagner en visibilité et de rencontrer d’autres créateurs locaux, mais il faut laisser du stock et être patient. C’est souvent lent, mais très gratifiant.
Conventions : particulièrement pour les illustrateurs, les conventions pop culture sont idéales pour la visibilité. Des milliers de visiteurs en quelques jours. Mais cela demande beaucoup de préparation et peut être coûteux.
Expositions / vernissages : collaborer avec des cafés ou des galeries pour exposer ton travail. Très intéressant si tu as des originaux ou des formats plus grands, mais cela demande une bonne communication et de la promotion.
Tout dépend de ce que tu crées et de ton stade dans le projet.

Être présent sur les plateformes d’annuaires
Dès que ton portfolio est prêt, enregistre ton activité sur un maximum de plateformes. Google Business, local.ch, search.ch, Yelp ou d’autres annuaires locaux ou créatifs peuvent être utiles.
Je ne suis personnellement pas convaincue par Etsy pour la vente, car je n’ai pas réussi à le faire fonctionner sans payer. En revanche, cela peut être utile pour la visibilité dans les moteurs de recherche.
L’idée est simple : plus ton nom apparaît à différents endroits, plus il devient familier. Même sans clic immédiat, les gens commencent à le reconnaître. Avec le temps, cette visibilité s’accumule et renforce ta présence.
Quoi faire pour bien commencer
Si tu es un peu perdu, voici quelques questions à te poser :
- Qui suis-je ? Une illustratrice qui vend des produits, ou une boutique construite autour d’objets illustrés ?
- Quels sont les piliers de ma marque ? Le fait main, le local, une esthétique, une émotion, une communauté ?
- Qu’est-ce qui rend ma marque différente ?
- Comment je décrirais ma marque en deux phrases ? (ça prend du temps à trouver la bonne réponse)
- Quels sont les éléments visuels de ma marque ? (couleurs, formes, matériaux, références)
Et quelques étapes concrètes :
- Choisir où vendre ton travail
- Choisir où montrer ton travail (portfolio, site, réseaux sociaux)
- Choisir ta langue principale sur le site et sur les réseaux
- Commencer avec 2–3 types de produits
- Ne pas essayer de lancer une collection complète tout de suite
Même 5 produits suffisent pour commencer à comprendre le packaging, la photo produit et la présentation. Et documente ton processus dès le début — le bon, le mauvais, et le banal. Tu ne sais jamais quel contenu pourra servir plus tard.
Ce qui compte vraiment
Créer quelque chose que tu aimes vraiment.
Ce n’est pas le meilleur conseil marketing. Tu pourrais probablement gagner plus en suivant les tendances ou en copiant ce qui fonctionne déjà. Mais pour moi, ce n’est pas le but.
Je veux construire quelque chose qui me ressemble, dont je peux être fière, même si cela ne devient jamais un énorme succès. Quelque chose qui grandit avec moi et qui crée de vraies connexions.
Et surtout : commence avant de te sentir prête. Tu n’as pas besoin de tout savoir, ni d’un gros investissement pour te lancer.
Bonne chance, j’ai hâte de voir ce que tu vas créer.